
Réalisé à la suite de Dans un jardin je suis entré, film palimpseste qui suivait l’enquête menée conjointement par Avi Mograbi et un de ses amis arabes israéliens, dans lequel l’histoire fantasmée d’un Moyen-Orient du début du XXe siècle, cosmopolite et éclairé, jetait une lumière nouvelle sur les murs haineux qui se dressent aujourd’hui partout dans la région, ce documentaire en est à la fois très éloigné par sa forme et très proche dans sa démarche. Les deux films documentent en effet, à partir d’une entreprise collaborative, le travail, intime et politique, d’un cheminement vers l’autre. Ce faisant, chacun à sa manière (romanesque et sensuelle pour le premier, âpre et laborieuse pour celui-ci), ils opèrent un déplacement de perspectives qui invite à ne pas se résoudre à l’état des choses, aussi désespérantes et irrémédiables puissent-elles paraître, mais à les considérer comme contingentes et, dès lors, transformables.
Isabelle Régnier, Le Monde